Les corsaires d’Iparralde et Coursic

Au cours de la seconde moitié du XVIème siècle, les corsaires d’iparralde se font remarquer pour les faits suivants. En premier lieu, pendant ces années-là, la piraterie basque est établie sur une base systématique et bien ferme; grâce à toute une série de normes rigoureuses.

A partir de ce moment-là également, la passivité des juges sera évidente. En second lieu, ceux d’iparralde ne jouent pas franc-jeu avec les corsaires du Gipuzkoa, après la signature de la paix entre les deux royaumes. En ce sens, il faudrait citer les corsaires de Saint Jean de Luz et de Ciboure, qui vers 1560 commencèrent à déranger les navires du Gipuzkoa dans les ports de Terre-Neuve, en les expulsant sans leur permettre de pêcher; dès 1559, un écrivain disait des habitants de Saint Jean de Luz qu’ils étaient toujours bien considérés par les rois de France, parce que « ses habitants sont très belliqueux en mer ». Comme exemple, le pirate et marchand marin Saubat de Gaston, de Biarritz, qui en 1575 aborda en haute mer des navires et les dévalisa ensuite à l’embouchure de l’Adour; et deux autres pirates, le capitaine Bardin aidé par un certain Motxi, qui firent honneur à leur condition de pirates en saccageant les sujets de leur propre roi. L’impassibilité de l’Amirauté française devant de tels faits fit intervenir le roi de France, qui ordonna que ces permissions fussent accordées sur paiement d’une caution, et que les différends sur les captures fussent réglés devant l’Amirauté. . L’un de ces corsaires basque qui attaquaient nos côtes était l’Hendayais Joanes de Suhigaraychipi, plus connu comme « Le Coursic » (le petit corsaire), qui fut corsaire du roi et gagna des titres de noblesse pour ses exploits et les services rendus.

Sa frégate, la « Légère », avait l’autorisation d’exercer comme corsaire contre les Espagnols et aussi contre les Hollandais. Son succès fut si grand que le gouverneur de Bayonne en personne finança la moitié de l’armement de sa frégate, qui était munie de vingt-quatre canons. L’opération s’avéra tellement fructueuse qu’il captura cent navires en moins de six ans.

Avec le support de gens de la noblesse, sa frégate, qui était ancrée au port de Sokoa, devint bientôt la terreur des Anglais et des Hollandais.

L’une de ses plus grandes prouesses eut lieu en 1692 dans nos eaux, juste en face de la baie de Saint Sébastien. A la hauteur du port de San Antonio, en Biscaye, il découvrit deux vaisseaux hollandais qui se dirigeaient vers notre ville; il les atteignit en deux jours. Il s’approcha du premier, qui avait cinq-cents tonnes, trente-six canons et cent marins, et l’attaqua avec une première décharge. Il l’aborda deux fois malgré la différence entre les deux bateaux et, blessé, dut battre en retraite à cause du feu ennemi. Cela ne l’empêcha pas de continuer à haranguer ses marins basques. Ce furent cinq heures de combats sanglants, à tel point que seuls survécurent dix-huit marins hollandais. Le second vaisseau hollandais sombra aussi. Mais il n’y eut que cinq Basques morts sur le lieu de la tragédie. Quelques jours plus tard, « le Coursic » reprit la mer. A peine était-il entré à l’embouchure de l’Adour qu’une corvette anglaise équipée de cent vingt hommes et soixante-quatre canons se lança contre lui. L’Hendayais l’attaqua sans lui laisser à peine le temps de résister. Le combat commença à huit heures du matin et finit à trois heures de l’après-midi par la victoire du capitaine de « La Légère » et la capture de l’Anglais. Cette victoire, célébrée par le public entassé sur les deux rives de l’estuaire fut si retentissante que cela l’encouragea à donner des cours aux marins afin d’équiper d’autres nefs corsaires, pour les avoir tous sous son contrôle et pour aller à la recherche de la nouvelle flotte espagnole qui se disposait à prendre la mer.

Dans le Golfe de Gascogne, il s’empara de quelques bateaux hollandais.Et en dehors de nos eaux, il faudrait mentionner son expédition à Spitzbergen, au Nord de l’Europe, contre les Hollandais, d’où il rentra chargé de baleines. En six ans il captura à lui seul cent voiliers marchands, et en huit mois, avec le support des frégates du Roi, cent vingt-cinq. Il remplit le port de Saint Jean de Luz de ses butins à tel point que le gouverneur de Bayonne écrivait à Louis XIV : « Il est possible de traverser depuis la maison où votre Majesté aviez logé jusqu’à Ciboure sur un pont fait avec les navires pillés et attachés les uns aux autres ».

A sa prodigieuse audace, il ajoutait une loyauté digne d’un gentilhomme. Tout manquement à la parole donnée (Hitza Hitz) et toute trahison étaient impitoyablement châtiés. Après plusieurs années il s’occupa à protéger contre les Anglais les retours des Basques et des Bretons de Terre-Neuve, où il mourut en 1694. Une inscription figure sur sa tombe : « Capitaine de frégate du Roi », le même qui l’autorisa à dévaliser plus de cent navires marchands. 

Vous vous demandez à quoi devait ressembler un livre de bord d’un de ces corsaires ?  Allez, juste pour vous, on vous en a trouvé un, le livre de bord d’un Corsaire Basque du Sud, vous pouvez le télécharger ici. (11MG)