Le sentiment de basquitude ici…et là-bas..

Quand on se promène dans notre pays basque, celui des sept provinces (je ne resterai pas cantonné qu’aux trois provinces du nord), on se rend bien compte qu’il n’existe pas une langue, mais bien des langues, des euskalkis, qu’il n’existe pas une culture, mais des cultures basques et bien dans la diaspora, c’est pareil !

La notion de basquitude, pour nous, implique beaucoup de choses, le côté d’appartenance, le côté militant aussi, une forte notion de respect également, dans la diaspora basque il faut voir cela différemment.
La notion de basquitude est souvent assimilée au souvenir, au désespoir de ne pas avoir eu la chance de connaître la terre de ses ancêtres.
Toutes ces choses qui sont pour nous, devenues quotidiennes, auxquelles nous ne prêtons plus attention, tellement nous les faisons machinalement, sont pour eux une mine de richesse.

C’est ce dont on se rend compte quand nous avons la chance de nous rendre là-bas. Comment ils portent tout leur intérêt sur des choses qui ne nous touchent plus, l’explication en est très simple : ils n’ont plus que cela à quoi se raccrocher.
La nostalgie est également un élément omniprésent de la basquitude vécue par ces basques de l’autre bout du monde.


De nombreux ouvrages édités par les euskal etxe portent le nom d’oroitzapena (souvenir). D’ailleurs, grâce à ces ouvrages nous apprenons nous même beaucoup de choses. Je me souviens avoir lu dans cet ouvrage édité en 2000 par le basque club de San Francisco cette jolie anecdote : en 1960, alors qu’il venait visiter son fils émigré aux Amériques, le bertsolari Xalbador, et ses amis Martin et Michel Labeguerie rejoignirent un groupe de basques pour animer une soirée bersto à l’hôtel France, alors lieu de rendez-vous des basques de San
Francisco.
Alors que Xalbador commença sa joute, le patron des lieux fit couper le son du micro sous prétexte qu’il ne comprenait rien à cette langue « barbare ». C’est cet événement qui a décidé les basques présent à créer leur euskal etxea. « Si on ne peut parler notre langue ici, nous allons donc créer notre propre lieu ! » Du coup l’hôtel France perdit de nombreux clients, et impulsa, malgré lui, la création du basque club de San Francisco.


L’importance du souvenir est également visible dans la ville de Boise, et son quartier le Basque block, où, comme vous pourrez le voir dans une des photos à côté, les noms basques des personnes vivant ou ayant vécues dans cette ville sont gravés dans le sol. (voir ci-dessous les photos que j’ai moi même prise lors d’un de mes périples)


La basquitude se voit également en Argentine, mais cette fois-ci de manière différente encore. Elle s’ entend également dans leur langage avec l’expression « palabra de vasco » par exemple. Après avoir vécu la banque route de l’an 2000, de nombreux Argentins se sont réappropriés leur passé. En effet, suite à la dernière vague de migration importante dans ce pays, au XIXème siècle, les générations suivantes ont surtout vécu sur le modèle argentin, sans rien garder de leurs racines et une coupure importante s’est établie entre les basques d’Argentine et ceux du Pays basque.

Attention tout de même, je ne parle pas des bascoargentins qui fréquentent les euskal etxe ici. Il ne faut pas oublier que la population d’origine basque en Argentine, représente environ 10 % de la population nationale, soit 4 millions d’individus, alors que les personnes qui fréquentent les euskal etxe argentines ne représentent « que » 25 mille personnes.
Ces basques argentins, se sont donc réappropriés leur passé pour que dans le cadre de cette crise qu’ils vivaient, quelque part, pour qu’ils puissent avoir une revalorisation sociale, pour qu’à travers leurs démarches, d’apprentissage de la langue d’Aitor, d’apprentissage de la danse, ou de la culture de manière plus générale, ils puissent dire à leurs aînés « tu as vu, moi au moins, je parle la langue de nos aïeux, alors que toi, tu as oublié tes racines, tu n’as jamais parlé l’euskara et tu as comme nous perdu ton argent. ».

Ce sentiment de basquitude est quelque chose d’extraordinaire, que l’on vit bien sur ici, mais aussi et surtout partout ailleurs dans le monde et de manière complémentaire.